Document de travail élaboré par la Chambre
Des Députés sur le Thème :
« Avis des Partenaires Méditerranéens
Sur la Stratégie Européenne »
C’est un honneur pour La Tunisie de présenter,
au nom des parlements des pays du Sud, un
document sur les « Avis des partenaires
méditerranéens sur la stratégie européenne ».
Notre souhait est qu’elle reflète les points
de vue de la plupart des pays du Sud
concernant les grandes questions de l’heure
dans l’espace euro méditerranéen.
Nous assumons, en tant que parlementaires,
présidents et membres d’assemblées
parlementaires nationales, des responsabilités
qui différent de celles des gouvernements au
niveau de prise de décision et de l’exécution.
Nonobstant, nous avons participé, dès le
départ, au processus de coopération
méditerranéenne et avons œuvré à la création
de cette institution euro méditerranéenne
afin d’en faire un large espace et une tribune
ouverte pour exprimer les préoccupations et
les problèmes de nos peuples, dans le cadre
d’un dialogue permanent et sur la base d’une
constante compréhension mutuelle ayant pour
fondements, la diffusion des valeurs
d’ouverture, de solidarité et de coexistence
pacifique et la réalisation d’un développement
économique et social pour tous.
Un partenariat euro méditerranéen agissant et
efficace, a même de hisser l’espace
méditerranéen au niveau de la mission
culturelle, historique et civilisationnelle
des peuples de cette région, doit,
impérativement, prendre en compte un certain
nombre de jalons et fondements, à savoir :
Premièrement : dans les domaines politique et
de sécurité
-
Renforcer le dialogue
politique et la coopération en matière de
sécurité entre le Nord et le Sud, veiller à
instaurer l’ordre et la paix et à éliminer les
foyers de tension notamment dans la région du
moyen orient. Nous voyons dans la relance des
négociations au sujet de la feuille de route,
immédiatement après le succès des élections
présidentielles palestiniennes, d’heureuses
prémices annonçant un nouveau départ vers la
paix et la sécurité dans la région, surtout si
une réelle volonté anime les deux principaux
protagonistes, ainsi que la communauté euro
méditerranéenne et l’Union européenne. Nous
appelons, dans le même ordre d’idées, à une
solution en Irak, conforme aux principes de la
légalité et du droit internationaux.
-
Consolider la
paix régionale et œuvrer en commun pour
éliminer de l’ensemble de la région du Moyen
Orient les armes de destruction massive, sans
distinction ni exception, conformément à
la Déclaration de
Barcelone.
-
Unifier les efforts pour
éliminer le terrorisme et l’extrémisme, en
s’attaquant à leurs causes, à savoir la
misère, l’exclusion et la marginalisation, et
œuvrer à l’élaboration d’un code de conduite
pour lutter contre le terrorisme, sous la
parapluie de l’ONU.
-
Mettre l’accent
sur l’importance de la nouvelle politique de
voisinage en tant que moyen susceptible de
renforcer le processus de Barcelone et
consolider l’équilibre entre les pays du Sud
de la
Méditerranée et l’ensemble des pays de l’Union
européenne.
-
Renforcer la
participation de la diplomatie parlementaire
en affirmant le rôle des parlementaires dans
le partenariat euro méditerranéen et en
promouvant la coopération parlementaire
bilatérale et multilatérale. A ce propos, nous
appuyons l’adhésion de
la Grande Jamahirya arabe
libyenne populaire socialiste, en tant que
membre de plein droit, avec acceptation des
acquis du processus.
-
Considérer que
la Déclaration du
Sommet arabe de Tunis : 16éme session
ordinaire sur le processus de réforme et de
modernisation et le principe qui y est affirmé
de mener impérativement cette réforme de
l’intérieur, s’inscrit dans le sens des
résultats du rapport du Conseil de l’Europe
réuni à Athènes, en 2003, et constitue une
plateforme appropriée pour une mise en œuvre
de la stratégie européenne pour la
Méditerranée et le Moyen-Orient et de la
politique européenne de voisinage. (PEV)
Deuxièmement : dans le domaine
économique
-
Dynamiser les
projets de coopération économique, y compris
la zone de libre-échange Euromed et renforcer
la part du secteur privé dans les économies
des pays de la région, tel que stipulé dans
la Charte euro
méditerranéenne des entreprises.
-
Réviser les programmes de
coopération financière dans le sens d’un
accroissement des crédits d’aide des pays du
Nord aux pays du Sud, afin qu’ils puissent
concrétiser leurs programmes de réforme
économique et financière et réalisé un
développement intégral, en réponse aux besoins
sans cesse croissants des pays méditerranéens
et dans le but d’accompagner leur action
réformatrice.
-
Oeuvrer à la mise en place
d’une coopération décentralisée entre les
pays, les villes et les régions de l’espace
euro méditerranéen, en renforçant les
activités de toutes ses structures et en
mettant à contribution l’ensemble de ses
mécanismes, tels que les conseils municipaux,
les institutions de la société civile qu’il
s’agit de faire participer au dialogue euro
méditerranéen, compte tenu du fait que la
coopération décentralisée représente un volet
prometteur, à même d’enrichir la coopération
globale.
-
Etablir impérativement la
corrélation entre le développement durable et
la protection de l’environnement, comme cela a
été souligné lors de la conférence
ministérielle d’Helsinki sur l’environnement,
en novembre 1997, et de la réunion des
ministres des Affaires étrangères euro
méditerranéens, à Athènes, en juillet 2002,
selon une approche commune, conforme aux
recommandations du Sommet du développement
durable de Johannesburg, en septembre 2002.
-
Poursuivre l’action visant à
la création d’une banque euro méditerranéenne.
-
Renforcer la capacité des pays
méditerranéens partenaires à polariser les
investissements extérieurs directs, grâce,
notamment à:
·l’encouragement
des activités ayant une forte plus value et
d’un niveau technologique élevé.
·l’appui
à apporter à la proposition préconisant la
création d’un Fonds de garantie de
l’investissement.
·la
transformation du réseau euro méditerranéen
ANIMA en une Agence euro méditerranéenne pour
les investissements extérieurs.
Troisièmement : dans le domaine
social
-
Renforcer l’intégration des
migrants légalement installés dans les pays de
résidence de l’Union européenne et continuer à
œuvrer à la protection de leurs droits, en
accord avec les législations nationales en
vigueur dans ces pays, et à soutenir les
efforts visant à assurer les conditions
favorables à la circulation des personnes.
-
Contribuer au développement
des régions d’émigration, œuvrer à
l’élaboration d’une stratégie commune de lutte
contre la pauvreté et encourager les créations
d’emplois dans les zones les moins avancées.
-
Poursuivre l’action dans le
cadre du Programme d’éducation et de formation
pour l’emploi.
-
Adopter plus de
souplesse dans la délivrance des visas aux
habitants de la rive sud de
la Méditerranée et humaniser
les conditions d’octroi.
-
Veiller à conférer aux
échanges de populations toute l’importance
requise, lutter impérativement contre
l’émigration clandestine et adopter une
approche euro méditerranéenne globale et
unifiée en matière d’émigration organisée.
-
Accorder toute
l’importance due à la question de la qualité
de la vie, en définir les paramètres et les
unifier selon des critères précis, tout en
oeuvrant à rapprocher ces critères des deux
côtés de la
Méditerranée et à mettre en place un programme
euro méditerranéen pour la promotion de la
qualité de vie sur la rive sud, doté d’un
budget spécifique.
-
Assurer la promotion sociale,
notamment dans les pays du sud, ce qui englobe
l’amélioration de la condition de la femme
l’intérêt porté à la famille et à l’enfant, la
nécessité de réformer les structures du
système d’enseignement et de formation et la
mise en place d’un plan d’action pour éliminer
l’analphabétisme, améliorer les conditions de
vie et promouvoir les échanges humains dans
les domaines de l’éducation, de la santé, de
la jeunesse et des sports.
Quatrièmement : dans le domaine
culturel
-
Combattre le
concept de choc des civilisations et
identifier les dénominateurs communs aux deux
rives de la
Méditerranée, en mettant l’accent sur les
programmes et activités portant sur la
solidarité, la tolérance, la lutte contre
l’extrémisme, le racisme et la discrimination,
sous toutes ses formes, sans exclusive aucune.
-
Instaurer la société du
savoir, en consolider les fondements et
promouvoir l’économie de la connaissance.
-
Renforcer la
coopération dans les domaines de la recherche
scientifique et des nouvelles technologies,
par la mise en place de programmes de
partenariat de recherches sur les thèmes qui
contribuent au développement économique de la
rive sud, tout en s’attachant à réduire la
fracture numérique entre les pays des deux
rives de la
Méditerranée.
-
Appeler les chaînes de
télévision nationales des pays méditerranéens
à diffuser des programmes permettant de
connaître les cultures et les civilisations
des pays méditerranéens, de manière
objective, afin de favoriser le rapprochement
entre les peuples.
-
Densifier les échanges
culturels par le bais des médias, écrits et
audiovisuels, afin qu’ils contribuent
davantage à la diffusion des valeurs de
tolérance et à la lutte contre l’extrémisme,
le terrorisme et le fondamentalisme.
-
Oeuvrer en vue
d’amener la
Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre
les cultures et les civilisations à contribuer
davantage à la connaissance de la civilisation
arabo-islamique et au renforcement des bases
de la société du savoir.
-
Contribuer au
succès de l’Année de
la Méditerranée (2005)
Ce sont, là,
quelques réflexions et approches qu’il
convient d’enrichir et de féconder pour en
tirer des idées à même d’aider à
l’identification des meilleurs moyens d’ouvrir
une nouvelle étape dans nos relations, qui
renforce nos intérêts communs, instaure une
dynamique plus efficiente, permette de
rapprocher les niveaux de vie des peuples de
la région et de réduire le fossé économique,
social et technologique qui les sépare, dans
le but de transformer cette région en un
espace de sécurité, de
stabilité, de dialogue
et de coopération .